A l'époque, la ville de Berlin était divisée en deux secteurs :
Le secteur oriental dépendait des lois d'occupation soviétiques ; et les secteurs occidentaux, des Américains, Anglais et Français.
Berlin-Ouest à l'epoque était une ville surpeuplée, en plein bloc communiste, subventionnée par la RFA à hauteur de 13 milliards de marks par an.
Pour éviter la fuite de sa jeunesse vers la RFA, Berlin-Ouest joua la carte du tertiaire et du culturel. Parallèlement, ce système de subventions favorisa en particulier la spéculation immobilière : les constructions nées de cette spéculation, aussi géantes qu'inutiles, ruinérent la commune et en même temps fit perdre à Berlin son identité et son autonomie.
Le problème du logement était un problème pour tout les Berlinois et surtout pour les plus démunis ; retraités, chômeurs, étudiants et immigrés.
En Fév. 82, on reçensait à Berlin 10 000 vieux appartements laissés à l'abandon, en vue d'aménagement imminents, alors que 80 000 berlinois cherchaient un logement.
La majeure partie de ces appartements vides se trouvait à Kreutzberg, le quartier turc et prolétaire proche du Mur, où s'est developpé le mouvement des squatters..
A Berlin, les squatters s'auto-intitulaient "instandbezetzer", avec un jeu de mot reliant le verbe besetzen ("occuper") et instandsetzen ("remettre en place")... cela donnait en gros : "occupant rénovateur".
L'esprit alternatif des squatters berlinois est né dans les années 70
Issu du Congrès de Tunix de 1978 , articulé autour du réseau d'auto-soutien juridique et financier, le "Netzwerk Selbsthilfe", autour du parti politique "Alternative Liste" (A.L.), et du quotidien "Tageszeitung" (TAZ en abrege), autour de l'installation du "Mehringhof" au printemps 80 une usine désafectée de plus de 5000 mètres carrés acquise pour la somme de 1,8 millions de marks par une association de 30 collectifs (des collectifs allant de la rédaction locale du TAZ, à un café, des collectifs d'artisanat, des groupes d'immigrés turcs, des écoles alternatives, des maisons d'édition, une imprimerie , un atelier pour les handicapés.)
Un des plus antiques projets alternatifs de Berlin-Ouest était la "Fabrik Für Kultur und Handwerk" (Fabrique pour la culture et le travail manuel), un centre culturel et artisanal installé dans les vieux immeubles de la propagande du IIIe Reich.
Il y avait des ateliers pour la réparation des bicyclettes, des petits ustensiles, un commerce de tous les produits bio, un cirque et une communauté de musiciens rock.
J'ai connu les occupations et évacuations violentes qui se sont succédées au début des années 80.
Un petit détail me reviens maintenant.. anodin :
Tout était propres dans ces squatts, même les toilettes
... les brosses à dents étaient soigneusement rangées
dans leurs gobelets !
Il y avait 4 sortes de poubelles : verre, papiers, legumes et divers.
Sans la rigueur de l'esprit germanique, ce Chaos autogéré n'aurait jamais tenu plus d'un an ..
Maintenant, Berlin a beaucoup changé :
Leyla s'est mariée avec un allemand de Hambourg elle s'appelle maintenant Frau "Schön" .
Le mur, tombé le 9 Novembre 1989, n'existe plus, et l'euphorie qui a suivi sa chûte n'a duré que 3 mois.
A l'Est, les "Ossies" ont découvert les "joies" du capitalisme après la réunification des deux allemagnes, et l'arrogance des allemands de l'Ouest (qui les traitent de fainéants).
Depuis 1991, il existe un annuaire commun pour toute la ville ..
Les squatts de Kreutzberg et leurs facades grafitées ont quasiment tous disparu.
Beaucoup de squatters sont maintenant propriétaires et payent leurs loyers.
Il faut aller à Berlin-Ouest pour rencontrer les survivants du Berlin "underground", même si en fin de compte l'esprit de solidarité et d'ecologie s'est peu à peu diffusé dans toute la société allemande (espaces verts, pistes cyclables, recyclage des déchets.. etc.. )
Cette année (1997) , Berlin sera le siège du gouvernement et du parlement allemand
La ville n'est que chantiers, grues, excavatrices. On y specule, on y investit,.
Depuis la candidature de Berlin aux jeux Olympiques de l'an 2000, la ville a été dotée d'un vaste plan de relance, programme jusqu'au prochain millénaire.
Le journaliste berlinois Michael Sontheimer décrit les phases
de la révolution historique berlinoise à la manière
d'un slogan :
Première étape, après la construction du Mur : le cool jazz.
Deuxième étape : la révolte étudiante
Troisième étape : la scène alternative
Quatrième étape : les combats de rue, les squatts et les punks
La cinquième étape est en cours. La direction qu'elle
prendra est inconnue.
Tchuess,
Yann Le Gigan 1997