1°/ Les Labyrinthes à une seule voie :
Les labyrinthes à une seule entrée et une seule voie
apparaissent dans le pavement d'une vingtaine d'églises. Ils montrent
qu'il n'y a qu'une seule voie à suivre dans la vie, celle du salut.
Le labyrinthe image du monde est, dans le monde médiéval
chrétien, l'image d'un monde totalitaire qui ne propose aucun autre
choix et invite l'homme à se laisser conduire. Les plus connus et
les plus reproduits sont ceux de San Vitale à Ravenne et de la cathédrale
de Chartres. Ces labyrinthes sont parfaitement balisés, il n'y a
qu'une seule voie, sinueuse, qui parcourt en tournant la totalité
de l'espace à l'intérieur d'un cercle, mais ils n'égarent
pas. Au contraire, ils conduisent... Le voyageur doit avoir confiance dans
la voie tracée par d'autres que lui-même et ne se méfier
que de lui-même..
Cathédrale de SaintOmer |
Cathédrale de Chartres |
Cathédrale de Reims |
Cathédrale d'Amiens |
2 °/ Les labyrinthes où on se perd :
Ces labyrinthes alchimiques sont des symboles parlants du grand oeuvre,
ils :
1- permettent d'accéder a la chambre interieure
2- donnent la possibilité d'en sortir.
Le voyageur doit repérer sa route au départ et employer
le fil d'Ariane. Le voyageur est "celui qui deviens". La traversée
est nécessairement aventureuse et le but se définit en cours
de route. L'errance est fondatrice parce qu'elle assure l'imprévisible.
Il apparaît nécessaire d'entrer dans des impasses en croyant
que ce sont des voies, puis de constater l'erreur, de rebrousser chemin,
d'explorer d'autres pistes. Qui refuserait l'errance et ses pièges
est mû par d'autres... à la manière d'une marionnette.
Le labyrinthe où l'on se perd est le nom à donner à
l'école de la liberté..
La scission Gavots / Dévoirants sur le chantier de la cathédrale d'Orléans
|
A partir du XVIe siècle, édits et sentences faisant
défense aux ouvriers de s'assembler se multiplièrent. Les
réunions de compagnons furent interdites par l'autorité royale
(ordonnances de 1539, 1534, 1566...) à laquelle s'ajouta celle de
l'Eglise. En effet, tous les rites mystérieux entourant le compagnonnage,
les libations, les réunions, les "mères", les masques, bâtons,
rubans et autres attributs attirèrent les foudres de la justice
royale et de la justice ecclésiastique. Ainsi, les imprimeurs de
Lyon furent par exemple menés entre procès et émeutes
contre l'autorité royale entre 1539 et 1573. Les associations d'ouvriers
se retrouvaient sans statut légal, réprimées par les
pouvoirs publics et dénoncées par les autorités corporatives.
Elles devaient se mettre en place clandestinement mais malgré la
multiplication des interdits les autorités furent en fait tout à
fait impuissantes à empêcher l'accroissement du compagnonnage.
Certains compagnonnages (appelés "devoirs" jusqu'au XVIIe siècle)
se transformèrent en véritables sociétés secrètes
qui se ramifièrent dans tout le pays, les plus nombreux étant
ceux des métiers du bâtiment (maçonnerie et charpenterie).
|
Le solide bâton emblématique des Compagnons devenait une arme au moment du plus fort des rixes interorganisations qui opposaient jadis les Dévoirants aux Gavots, "abominables", "détestables" et menacés d'être "enchaînés" si l'on en croit le texte d'une chanson ! On y devine implicitement une société adverse et appréciée, celle du Devoir assurément, s'opposant à celle du Devoir de liberté, celle d'un rite dont l'émergence officielle en 1804 regroupe loups, indiens, gavots, et dont l'origine est à rechercher principalement dans les guerres de religions qui divisèrent les sociétés compagnonniques. Les gavots, surnom des compagnons menuisiers et serruriers du Devoir de liberté, sont donc issus de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, laquelle entraîne un profond divorce dans le compagnonnage français. Nombreux sont ses membres, adeptes de la religion réformée, qui doivent s'expatrier afin de fuir tracas et persécutions ; querelles et injures enveniment les relations entre sociétaires du Saint-Devoir de Dieu, ouvriers de confession catholique, et compagnons non du devoir, membres d'une société qui attache moins d'importance aux croyances religieuses et où, protestants et athées peuvent plus ou moins discrètement s'affilier(8). |
La Cathédrale sainte Croix d'Orléans
La construction de la Cathédrale Sainte Croix, s'étendit sur environ deux siècles. (18 avril 1601 - 8 mai 1829) |
Vous allez me dire : mais quel rapport lie la distinction entre les deux sortes de labyrinthes et le chantier de la Cathédrale d'Orléans (où il n'y a pas de labyrinthe) ?
Et bien il s'agit d'une hypothése à vérifier ...
Durant la construction de la cathédrale d'Orléans eu
lieu, sur le chantier, la scission historique au sein du mouvement des
compagnons bâtisseurs entre catholiques et protestants ..
Plus largement :
Le problème s'est posé de savoir s'il fallait transmettre
la tradition des bâtisseurs à des non-catholiques (protestants,
juifs, non-croyants, etc..)
Parallèlement : l'introduction de "protecteurs" (nobles ou bourgeois locaux) au sein des ateliers opératifs de compagnons ... est à l'origine des "maçons acceptés" .. et de la Franc-Maconnerie spéculative
Ma théorie est qu'il s'est passé quelque chose sur le chantier de cette cathédrale : deux courants se sont développés : les tenants des labyrintes à plusieurs voies et les tenants des labyrintes à une voie ...
Il ne reste plus qu'aux chercheurs à infirmer ou à confirmer
mon intuition .... ;-)
Yann Le Gigan
yann@le-gigan.org
mise à jour : 27.10.09
© GPL 1997-2003 Le Gigan